(Nabil K. Mark/Centre Daily Times via AP)

Le 2 août, le Canada a dissous son Parlement, ouvrant la voie à le tenue de nouvelles élections au mois d'octobre. La campagne, qui a duré 78 jours, a été exceptionnellement longue pour le pays.

Ce même jour, la course à la présidentielle américaine, qui a officiellement débuté lorsque Ted Cruz a annoncé sa candidature aux primaires républicaines le 23 mars 2015, en était déjà à son 132e jour. Pendant que le Canada organisait ses élections, le seul changement enregistré aux États-Unis a été l'annonce de la candidature de Larry Lessig, portant à 20 le nombre total de candidats majeurs (selon la définition que l'on attribut au terme « candidat majeur »). Deux débats ont été organisés pendant cette période. C'est tout.

Les premiers votes ont eu lieu 315 jours après l'ouverture de la campagne, c'est-à-dire 315 jours après l'annonce de Ted Cruz. Évidemment, les candidats avaient débuté leur campagne de manière officieuse bien avant cela. Et aujourd'hui, il reste encore plusieurs mois à attendre avant le dénouement final.

Pourquoi les élections américaines durent-elles aussi longtemps, alors que le Canada parvient à organiser les siennes si rapidement ?

Il y a deux raisons à cela. La première réside dans leur programmation. La deuxième découle de la difficulté de changer les choses.

Je peux d'ores et déjà vous dire quand les élections de 2244 auront lieu. Ce sera le 5 novembre. Aux États-Unis, les élections présidentielles ont lieu tous les quatre ans avec une régularité de métronome. Novembre 2000, 2004, 2008, 2012, 2016, 2020... 2240, 2244. La Constitution, le document structurant le gouvernement américain, le prévoit ainsi.

Cela signifie que le jour qui suit l'élection d'un nouveau Président américain, nous savons précisément quand son siège sera remis en jeu ou quand son successeur sera choisi s'il s'agit de son second mandat.

Les élections présidentielles de 2016 ont été mentionnées pour la première fois par le Boston Herald le 7 novembre 2012 ; le Président Barack Obama avait été élu le 6 novembre 2012. Kimberly Atkins, journaliste au Herald, s'était alors entretenue avec l'expert de la campagne présidentielle, Richard Benedetto, à propos des futures élections de 2016 : « Je ne vois pas comment [Mitt Romney, le rival républicain d'Obama lors de ces élections] pourrait faire un comeback. La campagne 2012 n'a véritablement démarré qu'après les élections de mi-mandat de 2014, mais nous étions encore à 730 jours du scrutin de 2016. »

Dans la plupart des pays où des élections sont organisées, le processus est différent. Dans un système parlementaire, comme au Canada, de nouvelles élections sont décrétées lorsque le Parlement ou le Gouvernement est dissous, et le scrutin a lieu quelques mois plus tard. On appelle cela une saison électorale, et le processus se termine aussi rapidement qu'il a commencé.

En 2011, le Royaume-Uni a décidé de ne plus procéder ainsi, adoptant une loi établissant des dates d'élection fixes, une fois tous les cinq ans. Comme Bloomberg News l'a fait remarquer en 2013, l'un des objectifs était d'aider les partis politiques à déterminer comment respecter les budgets qui leur sont imposés. Si cela finit par être difficile, et il y a de fortes chances que ça le soit, le Parlement britannique peut simplement adopter une nouvelle loi modifiant cela.

Pour que le mode d'élection du Président des États-Unis change, il faudrait modifier la Constitution. Or, cela requerrait le soutien de la Nation dans sa grande majorité ainsi qu'une forte cohésion politique, ce qui explique que le dernier amendement date de 1971. Pour être adopté, un tel changement nécessiterait le soutien des deux tiers des membres de la Chambre des représentants et du Sénat ou d'une convention constitutionnelle convoquée par les deux tiers de la législature des 50 États américains. L'amendement devrait être ensuite ratifié par les trois quarts des États.

Les politiciens n'ont pas grand intérêt à modifier le processus électoral du pays. Comme au Royaume-Uni, avoir un échéancier prédéfini est particulièrement utile aux partis politiques qui peuvent ainsi tout prévoir à l'avance. En outre, les partis doivent passer par un processus primaire long que les États rechigneraient à abandonner, car il garantit le passage des candidats dans chaque État aux fins de la présentation personnelle de leur programme de campagne. Les politiciens, les partis et les États n'ayant rien à gagner d'une réforme constitutionnelle, il est peu probable que celle-ci ait lieu.